Road trip en Corée du Sud, carrefour d’influences culturelles


Le 2 avril 2019 : nous sommes arrivés en Corée du Sud, après plusieurs mois au moyen orient et un aux Philippines. Ce fut net, ce nouveau pays serait synonyme de changement et de découvertes à bien des égards.

La Corée du Sud, il faut reconnaître que la plupart la connaissent par rapport à son célèbre voisin dictatorial. Triste renommé collatérale. Ou encore par rapport à la K-pop. Nous-mêmes étions des ignorants désireux de rectifier le tir.

La péninsule coréenne est divisée en deux, le nord et le sud, pour des raisons dont seul l’Homme a l’imagination. De nos jours, la partie sud n’a pour voisin terrestre que Kim Jon un. Ambiance fraîche entre les sœurs. Mais nous avons découvert des multiples influences en Corée du Sud.

C’est à Busan que notre découverte a débuté. À peine sorti de l’avion on saute dans un taxi pour rejoindre le port afin de récupérer le container contenant notre camion. Bureau des douanes trouvé, requête expliquée « bonjour, on est français on vient récupérer notre véhicule qui est au port en provenance d’Oman » yeux écarquillés, clignements de paupières, lèvres en O, la paperasse se fait avec une servitude très polie, on nous prend notre cas très au sérieux. On arrive à se faire comprendre par l’intermédiaire d’un agent qui a supervisé la réception de notre container et de Google traduction. On nous demande pourquoi on est ici, réponse pour visiter, visage perplexe puis grand sourire.
Les agents coréens de Busan se sont démenés pour que l’on récupère notre véhicule le plus vite possible, ils se sont même excusés du délai -plusieurs heures- on est très contents, on s’attendait à attendre bien plus ! Révérences sur révérences en guise de remerciements, on quitte le port avant la nuit à la recherche de notre premier bivouac en Asie, touchés par tant de volonté de bien faire et de circonspection de la part des autochtones.

Au fil des jours on découvre combien grande est notre ignorance à propos de ce bout du bout de péninsule, les temples bouddhistes, les écoles confucéennes, les influences chinoises, japonaises et russes, les habitudes alimentaires, les us et coutumes, tout est une surprise.

Nous sommes restés un mois et demi dans ce pays à la géographie homogène, fait de forêts fournies, de littoraux et de villes denses. Nous avons littéralement fait le tour du pays, principalement en longeant les côtes, avec des incursions dans les montagnes plus au centre et dans la zone démilitarisée au nord, pour finir notre tour à notre point de départ.


Richesse culturelle

Notre plus belle découverte est les temples. Consciencieusement entretenus et richement décorés. Leur recensement serait digne d’une tâche pour Sisyphe étant donné leur multiplicité.
On relatera ici que ce qui nous a le plus séduit, pour voir l’itinéraire en détails et les photos attenantes, ce lien devrait satisfaire votre curiosité.

 

En Corée du Sud, place aux temples et aux maisons avec les toits courbés.
Nous avons visité de nombreux temples, majoritairement bouddhiste, pour notre plus grand plaisir. Les temples et les sanctuaires sont des lieux sacrés qui ont encore une place importante dans la communauté et le quotidien des coréens.

Gyeongsangnam-do

Le temple de Uirimsa tient une place particulière dans nos souvenirs. C’est le premier temple que l’on découvre, fruit du hasard. Nous avions repéré le grand stationnement adjacent, calme et arboré, idéal pour passer la nuit. Pour se dégourdir, on se rend au temple, nous tombons sous le charme du lieu, en bout de route avec la montagne en toile de fond baignant dans une brume fraîche, et des magnolias annonçant le printemps. Il s’avère que le temple consiste en un ensemble de plusieurs édifices avec une cour centrale. Tous les bâtiments sont richement peints de fleurs de lotus, de dragons, d’entrelacs, et des scènes de vie de bouddha que l’on essaye d’interpréter avec nos petites connaissances.

  

Au cours de la visite, nous rencontrons Ye Hee, on souhaite demander l’autorisation pour passer la nuit sur le parking, cette dame demande alors à un moine qui donne son accord aussitôt. Ye Hee nous invite à la suivre dans un des bâtiments, elle nous sert le thé, de manière traditionnelle, c’est toute une cérémonie. Elle nous explique qu’elle étudie ici le bouddhisme depuis 20 ans, et ses loisirs sont le thé et porter des tenues traditionnelles avec ses amies.
Ye Hee nous propose dans un anglais chétif de revenir le lendemain à 7h, pour ce que l’on comprend être un pique nique. On accepte, même si les détails nous échappent, c’est plutôt matinal pour un pique-nique… Elle nous donne aussi un sac comprenant des biscuits et des fruits pour le dit pique-nique du lendemain.  Le rdv est pris, on sera là et on verra bien ce qu’il adviendra.

C’est ainsi que débute une journée mémorable, on se retrouve dans un bus à 7h du matin, assis derrière un moine, avec chacun un badge autour du cou, et quelques victuailles. Le bus démarre, vers où ? On ne sait pas, au fil de la route, le bus se remplit de coréens, tous plus âgés que nous, et à chaque vague de passagers, une des organisatrices prend le micro et explique notre présence dans ce bus, en coréen. Bien sûr, on ne comprend rien, mais vu les regards, on comprend que nous sommes le sujet de la prise de parole. Le moine prend la parole aussi, prononce un discours et dit des blagues étant donné les rires récoltés. Puis des vidéos de chants bouddhistes sont diffusées sur les télévisons du bus. Lors d’arrêts brefs, d’autres bus se joignent à nous, on forme un convoi de 5 bus, tous remplis. Le but de cette journée nous échappe de plus en plus. On roule un moment, des en-cas sont distribués dans le bus -beignets aux noix, riz collant aux haricots, compote d’ail, fruits- puis un arrêt où tout le monde descend. On observe, les personnes laissent les affaires dans le bus, on suit le mouvement, la tête pleine de questions. Nous restions encore un peu sur l’idée du pique-nique.

La foule se dirige vers une plage, à l’ombre des arbres sont installés des gradins, on s’assoit tous. Face à nous, sur la plage, des moines sont installés sur des tapis. On comprend enfin de quoi il s’agit, une puja, une cérémonie religieuse bouddhiste. Les moines à tour de rôle récitent des chants repris par la foule, rythmés par des percussions en bois tel que le mok-tak. Le cadre et les chants nous transportent. Interloqués mais ravis de cette découverte, on ouvre grand nos oreilles et on profite de ce moment inattendu ! Les chants s’enchaînent, puis la cérémonie cesse. On regagne tous les bus, à coté desquels il y a de l’animation, et pour cause, des plateaux repas sont servis, c’est le moment du fameux pique-nique !! Une tablée d’hommes nous propose du soju, alcool typique de Corée à base d’amidon de riz. On goûte pour faire plaisir, pas franchement enthousiastes, c’est fort et pas très bon. On constate qu’en Corée, la pratique bouddhiste est assez souple vis-à-vis de la consommation d’alcool, ce n’est pas partout le cas.

Repas avalés, les bus sont prêts à repartir, on s’attend à emprunter le chemin du retour. Mais la journée réserve encore des surprises, au cours de l’après midi nous avons eu la confirmation de l’aspect religieux de ce rassemblement, on enchaînera 3 temples – tous superbes - et à chaque fois un moine du temple qui reçoit ordonne une cérémonie. Chants, percussions, révérences. On est très ouvert à cet événement, Corentin ayant suivi des enseignements bouddhistes pendant plusieurs années par le passé retrouve ses habitudes, et Marie en apprend plus sur cette philosophie et sa culture. Toutes les personnes qui partagent cette journée avec nous sont d’une grande gentillesse à notre égard, souriant et soucieux de notre bien-être.

Le retour au temple de Uirimsa fut épique, une fois toutes les cérémonies terminées, il y a de l’excitation dans l’air. Dans le bus, le chauffeur enclenche la musique K-Pop a fond les ballons et les lumières disco. Les bouteilles de bières et de soju circulent, tout le monde est debout et danse, chante, braille… Une mamie de 90 ans toute courbée nous intime de nous lever et de danser, comme elle, une autre passagère danse avec un rouleau de papier toilette, on hallucine ! Le moine assit, lui reste stoïque. A croire que cette décompression est la récompense de cette journée pour avoir gagné son paradis à coup de prières. Le trajet est ponctué d’arrêts « courses » les passagers remontent dans le bus avec des sacs de poissons et leurs fumets embaument l’air éthylique. Sur la fin, les décibels et le spectacle des effets avilissant de l’alcool deviennent un peu lassant. Les coréens sont définitivement très surprenants, un ami dira d’eux « Ce sont des japonais décomplexés », on confirme !  Finalement, ce qui devait être un casse-croûte fut en réalité un pèlerinage, et reste un moment marquant de notre voyage.

Jeonnam

A Naganeupseong, prend place un village traditionnel datant de la dynastie Joseon. Le royaume de Joseon couvre une période historique débutant à la fin du 14ème siècle jusqu'à l’aube du 20ème siècle. Ce village recèle des constructions typiques avec toit de chaume a vocation privée ou administrative. Le village est délimité par une épaisse muraille érigée pour résister aux invasions japonaises. La localité est ainsi restée habitée depuis le 14ème siècle, une centaine d’habitations est toujours occupée, ce n’est pas un village-musée, c’est ce qui nous a motivé à visiter celui-ci précisément. Nous y étions un jour de pluie, le brouillard atténuant les habitations voisines plus modernes. La pluie a de nombreux pouvoirs, dont celui de rendre un lieu particulièrement calme, nous étions seuls dans ce cocon de bruine, la pluie a aussi cette capacité à exacerber l’authenticité de certains lieux. Ce fut le cas ici.

Gyeongsangbuk-do

Lors de nos pérégrinations nous avons fait un saut dans la ville de Gyeongju-Si pour un grand saut dans le passé à la découverte du royaume de Silla (1er av JC-10e  ap JC). Le site, qui comporte plusieurs tombes royales et de nombreux tumulus, est classé patrimoine mondial de l’Unesco.
Cette ville est jumelée avec celle de Versailles, toutes deux d’anciennes citées royales abritant des joyaux. Gyeongju-Si possède 31 trésors nationaux, dont le Cheomseongdae qui est le plus vieil observatoire qui existe en Asie de l'Est et est une des plus anciennes installations scientifiques au monde. Il a été construit vers le VIIe siècle. Cheomseongdae veut dire « la tour d'où l'on observe les étoiles ». L’édifice fait une dizaine de mètres de hauteur.

Gyeongju-Si, surnommée la ville dorée, était la capitale de l’ancien royaume, c’est dire si le musée détient de belles collections. Nous avons notamment été époustouflés par les parures retrouvées sur le site. Les couronnes en or et orné de pierres datant du 5ème ap JC sont à couper le souffle. C’est une partie de l’histoire que nous ignorions complètement. De plus, la visite du musée est gratuite, de la culture accessible à tous, on adore !

 

A proximité du tumulus, on trouve le pont Woljeonggyo, qui est un pont couvert construit pendant le royaume de Silla puis détruit ne laissant que les parties en pierre, il a été reconstruit dans le style d’origine. La nuit l’éclairage rend hommage au décor riche.

Au fil du voyage nous entendons parler du festival des lanternes de Daegu. C’est un événement bouddhiste très populaire pour célébrer l’anniversaire de Bouddha. En Corée du Sud la religion est présente de façon naturelle, elle est intégrée et assumée au sein de la société et laisse une empreinte visible dans la culture du pays. Des longues files de personnes serpentent aux abords du stade avant l’ouverture des grilles. On se rend alors compte de la ferveur qui entoure ce festival. Des chants, prières, danses, concerts et discours animent la soirée, puis vient l’heure du lâcher de lanternes. Seules les personnes sur la pelouse du stade et ayant acheté une lanterne peuvent participer. Les briquets s’allument, les bougies s’enflamment, les lanternes s’envolent, des clameurs naissent, l’assemblée est émerveillée.
Ce fut une soirée magique et forte en émotions. C’est un beau spectacle que d’admirer des milliers de lanternes s’élever et voltiger dans la nuit tel un essaim, poussé par la brise. Des lanternes pareilles à des étoiles que je peux voir. C’est aussi émouvant d’assister à une fête sans une once de peur. Peur d’une possible attaque. Pour une célébration d’une telle ampleur nous n’avons vu aucune sécurité particulière, pas de scannage ni de palpations, pas de rappel sur les conduites à tenir en cas de colis suspect, juste de l’allégresse, ça fait un bien fou ! C’est bon de vivre une expérience comme celle-ci et cela fait réfléchir sur ce que l’on ressent parfois en France et que l’on oublie par habitude.


Séoul

Séoul, la capitale, est une métropole exaltée avec des avenues embouteillées où les temples et palais siègent aux chevilles des grattes ciels. Un passage dans la mêlée nous permettra de visiter le palais royal de Gyeongbokgung, son doux nom signifie « palais du Bonheur resplendissant ». Pourtant, son histoire n’est pas des plus heureuse, sa première construction date du 13ème siècle, il a été incendié durant les invasions japonaises au 16ème siècle puis reconstruit au 19ème siècle, et, pauvre de lui, de nouveau démoli durant la seconde guerre mondiale par les Japonais. Une campagne de reconstitution a été lancée en 1990. L’histoire de ce palais est révélatrice et à l’image de nombreux édifices historiques en Corée. Les conflits avec le Japon se perpétués sur plusieurs siècles, dès que le gouvernement coréen le peut, il relance la construction des monuments détruits, cette obstination et fierté de leur origines démontrent à quel point ils veulent se démarquer de leur voisin nippon.

  

Au palais, la relève des gardes est toujours assurée, c’est l’occasion de voir des habits militaires traditionnels. Le complexe royal est lui assez austère, mais les coréens -surtout les femmes- aiment louer des habits traditionnels pour les porter dans les lieux historiques, et partager leurs minauderies sur les réseaux sociaux, cela ajoute un peu d’entrain et de couleur à la toile de fond.

Gangwon

Il est obscur de comprendre la Corée du Sud sans se pencher sur sa fausse jumelle, la Corée du Nord. La péninsule de Corée est divisée depuis 1945, deux états indépendants naissent de cette séparation, un communiste, l’autre capitaliste. La frontière suit le 38ème parallèle. Le temps de la Corée unique et indépendante est lointain, avec des voisins envahissants tels que la Chine et le Japon, pas facile de rester indemne.

Nous nous sommes rendus au nord-est de la Corée du Sud au bord de la fameuse DMZ, zone coréenne démilitarisée. Un espace tampon large de 4 km pour apaiser les tensions, un vestige de la guerre froide. Étrange paradoxe, cette zone est l’endroit le plus militarisé au monde, les postes militaires, les mines, les tunnels et la surveillance permanente illustrent les tensions entre les deux gouvernements, chacun est sur le qui-vive, l’accord de paix signé en 2007 est vulnérable. Nous pensions naïvement rouler jusqu’au site, visiter et repartir, mais c’est sans compter sur le barrage routier 10km avant. En effet, tout véhicule souhaitant s’approcher de la DMZ doit être enregistré, pour cela nous avons rempli un document avec nos identités et l’immatriculation du véhicule. Les gardes au barrage étaient de très jeunes coréens, certainement en service militaire, sans vocation belliqueuse, Étant donné le contexte géopolitique tendu, il n’est pas surprenant d’apprendre qu’un service militaire de 2 ans est obligatoire. Il ne concerne que les hommes, il est même l’un des 4 devoirs constitutionnels avec les impôts, le travail et l’éducation. Ces jeunes étaient enthousiasmés par notre présence. Il y a beaucoup de fraîcheur dans la jeunesse coréenne, nous lui souhaitons un destin plus serein que celui de ses aînés.

  

À la lisière de la DMZ, une immense statue figurant le Bouddha de la réconciliation regarde vers la Corée du Nord. Le symbole est fort.  A ses côtés un observatoire, duquel les visiteurs scrutent cette démarcation, espérant peut-être apercevoir des indices sur la renfermée Corée du Nord. Une frontière est plus souvent un attribut politique que géographique, ici la végétation et les hommes sont les mêmes de part et d’autre. Le no man’s land n’est que verdure et plages sauvages, malgré les mines cette bande vierge d’activité humaine est devenue un sanctuaire pour la biodiversité où la faune et la flore vivent en paix.

L’histoire des hommes est bien différente, l’exposition sur place nous informe sur la division du pays. Tout comme l’Europe, la séparation de la Corée fut décidée lors de la conférence de Yalta à l’issu de la seconde guerre mondiale. De 1950 à 1953, la guerre fait rage entre les deux nouvelles nations. Les millions de citoyens séparés par la démarcation doivent désormais se battre les uns contre les autres. Au fil des années, des évasions ont lieu, du nord vers le sud, parfois avec succès. Des civils tentent de fuir et des soldats désertent, la dernière cavale date de décembre 2018. Depuis 2000, certaines familles séparées ont pu se retrouver lors de retrouvailles très réglementées et exceptionnelles. Pour beaucoup d’entre elles ces décennies de fracture ont été trop longues, elles n’ont jamais pu revoir leur proche à temps. La blessure de 1945 infligée à la nation coréenne s’échine à cicatriser.  Ce détour fut très fructueux et nous a permis de saisir en partie la complexité des rapports Nord/Sud en Corée.

Jeollabuk-do

En route vers Séoul nous avons fait escale à Jeonju, l’évocation dans un guide d’un village hanok a éveillé notre curiosité. Le terme hanok désigne une maison traditionnelle coréenne construite selon un style architectural typique. Les toits de ces maisons témoignaient de la richesse des propriétaires, les toitures en tuiles et courbés protégeaient les demeures de nobles tandis que les toits de chaumes abritaient les habitants plus modestes. Les hanok ont pour caractéristique d’être construit uniquement avec des matériaux naturels tels que la terre, la pierre, le bois et le papier et d’être doté d’un chauffage par le sol, le ondol, similaire à l’hypocauste romain.

Nous arrivons à Jeonju un samedi, nous ressentons tout de suite une effervescence aux abords du quartier historique. Le quartier est très esthétique, les maisons, toutes entourées de murets, et les jardinets sont parfaitement bien entretenus. L’animation vient des nombreux visiteurs qui se promènent entre les bâtisses, revêtus de hanbok (tenue traditionnelle), cela donne des allures de tableau vivant !  Cette journée ensoleillée a des allures de festival urbain, la musique, la nourriture de rue et les costumes égayent l’architecture sobre.

  

Sur les hauteurs de la ville, nous déambulons dans un autre quartier au visage nettement plus contemporain. Ici, les murs en béton sont ornés de fresques représentants des figures connues du monde du cinéma -pour la plupart japonais- ou de la musique. On se plait à flâner au gré des images dans ce dédale de ruelles, à côtoyer Totoro, Léon ou encore John Lennon.

Gyeongsangnam-do

A l’image du Japon, la floraison des cerisiers est un événement a part entière en Corée, mais moins fréquenté par les touristes que chez son voisin. Au sud du pays, dans la ville de Jinhae nous arrivons dans les temps pour le festival des cerisiers, c’est la fête pour célébrer le retour du printemps !  (Pour nous qui débarquons des Philippines, on régresse niveau températures, mais la poésie des fleurs nous le fait vite oublier). Jinhae recense plus de 300 000 cerisiers, ce qui en fait le plus grand rassemblement au monde.
Une promenade coulant le long d’un ruisseau est couverte par les cerisiers, les arbres illuminent le sol de leurs confettis. L’ambiance est poétique. Une autre balade est également populaire le long des anciennes voies ferrées, le vent fait papillonner les pétales, les coréens posent devant les objectifs et des spectacles de rue amusent ou surprennent, c’est selon.

Des journées durant, les petites fleurs rosées ont colorié notre quotidien, nos pérégrinations ont fortuitement suivies les floraisons, ce fut toujours avec ravissement que nous déambulions à pied ou avec Sam sous les pétales.

   

Au fil de nos errances en Corée du Sud, nous constatons l’omniprésence de la mer. En effet, les flots salés ne sont jamais loin. La grande majorité de la population vit le long des côtes, l’intérieur des terres est montagneux, moins desservi et donc moins accessible, le pays compte même sa petite chaîne de sommet prénommée Alpes coréenne, Corentin en tant que savoyard trouve que ce nom est tout de même un peu usurpé, il n’y a pas grande comparaison à faire avec nos Alpes françaises.

Singularités culinaires

Au-delà de l’horizon, la mer se retrouve aussi dans l’assiette. Après quelques passages par des marchés, on peut dire que les coréens mangent tout ce que l’océan peut offrir, et c’est parfois déroutant !  Les étals regorgent de poissons, raies et seiches, éventrés, vidés et séchant au soleil. Le poulpe et les oursins sont un classique de la gastronomie coréenne, mais les concombres de mer consommés cru de surcroît, nous ont vraiment fait sourciller.

Aucun repas coréen ne se fait sans kimchi, ce met traditionnel et fierté nationale est fait de piment et de légumes lactofermentés. C’est bon, pour celui qui aime le piquant, et très sain. Au petit déjeuner, pour nos palais néophytes, c’est un peu musclé. En Corée, les repas sont servis dans une kyrielle de petits bols contenants diverses préparations, chaque convive pioche sa portion, au moyen de baguettes bien sûr, la dépose dans sa petite assiette ou directement dans son bol de riz. On est loin du plat servi dans une assiette unique, ici chacun est libre de confectionner son repas avec tout ce qu’il y a sur la table, on aime beaucoup cette coutume.

Les algues, de toute sorte, sont une composante très importante du régime local, sur les plages, on a observé à plusieurs reprises des personnes étendant leur récolte sur les galets pour les faire sécher. On a aussi dégusté du tofu frais et local, excellent ! Et comme souvent en Asie, des nouilles variées et du riz en accompagnement, sans oublier le sésame, l’ail et le gingembre sous toutes leurs formes qui viennent assaisonner les préparations.

Côté dessert, c’est plutôt limité pour les becs sucrés. Le pays produit des fruits avec des variétés locales de melons et de poires, mais celui qui règne en maître sur les sucreries, c’est le haricot rouge. Plus d’une fois, on s’est fait avoir, en pensant acheter des douceurs aux pépites de chocolat, lesquelles se sont avérées être du haricot rouge… déception totale ! Au fur et à mesure, on a fini par apprécier ce nouveau genre de gourmandise, plus particulièrement le haricot rouge sous forme de pâte, on lui trouve un goût de châtaigne. 😊

En Corée, les couverts pour les repas diffèrent un peu de ceux des pays voisins, le set consiste en deux baguettes plates et en métal pour limiter la prolifération des bactéries parait-il, et un genre de cuillère à soupe.

Dépaysement culturel et sociétal

Le taegeukgi est le nom donné au drapeau coréen, ce drapeau illustre à lui seul toute une philosophie. Au centre, se trouve le taijitu, homologue coréen du yin yang et témoin de l’influence chinoise, il symbolise deux extrêmes complémentaires et coexistant. Dans chaque coin du drapeau, un trigramme représente un des quatre éléments : terre, ciel, feu et eau. L’étendard sud-coréen prône une harmonie universelle, en adéquation avec la désignation répandue : pays du matin calme.

Le dépaysement passe grandement par la langue mais aussi par l’alphabet, le hangeul est un alphabet à part et complètement énigmatique pour nous. Les spécialistes voient dans les jamos (lettres) des influences d’écritures tibétaines, mongoles, chinoises et japonaises. Évidemment, il nous a été impossible de lire du hangeul, mais on trouve les caractères très esthétiques.

Au fil des rencontres, nous apprenons qu’en Corée du Sud, le calcul de l’âge d’une personne est particulier. En effet, les coréens considèrent qu’à la naissance un bébé a déjà un an du fait des mois passé dans le ventre de la mère, il est considéré comme vivant et vieillissant donc avant sa venue au monde. Pourquoi pas seulement ajouter 9 mois ? Mystère… peut être que les coréens voient large. De plus, l’âge ne change pas le jour de votre date d’anniversaire mais au premier janvier de chaque nouvelle année, que vous soyez né en janvier ou en décembre… la date d’anniversaire n’est donc pas le jour où vous gagnez officiellement un an de plus, mais ça reste un jour festif pour eux !

  

La société coréenne est très hiérarchisée, il est commun de demander l’âge de l’interlocuteur car le respect des aînés est très important, si une personne est plus vieille que vous, vous lui devrez plus de respect. Pour un coréen, se renseigner sur l’âge est une façon de savoir comment il doit s’adresser à l’autre. En pratique, cela donne des comportements très prévenants envers les personnes âgées de la part des jeunes. Mais aussi parfois des comportements sans gêne de la part de papy et mamie, se sachant digne de respect à la limite de l’impunité, des mamies n’hésiteront pas à me bousculer et à me pincer pour que j’avance dans une file d’attente ou encore à prendre ma place pour aller aux toilettes, c’est assez déconcertant comme situation !

Nous imaginions les coréens un petit peu comme les japonais, sur la réserve et très discret. On a été très surpris de leur accueil, nous avons maintes fois été invités, de nombreuses personnes sont venus nous voir, pour papoter, visiter le camion. Ce fut des rencontre souriantes, enthousiastes et curieuses à propos notre voyage. Beaucoup étaient surpris de voir des occidentaux dans des endroits pas touristiques, voyageant par eux même.  Les invitations a dîner furent nombreuses. Les cadeaux aussi, parfois insolites, sous le joug d’un sentiment d’obligation d’offrir quelque chose, une dame en cherchant dans sa voiture nous a ainsi fait don de morceaux de verres polis glanés sur une plage et un stylo « qui marche très bien » nous a-t-elle affirmé.

  

Le contraste entre les zones urbanisées et les zones naturelles est saisissant. Les villes sont denses, récentes et modernes, concentrées sur une petite surface et attirées par le ciel. Les tours d’immeubles poussent en bosquet au milieu de vallées forestières. Ces habitations hors sol sont le modèle de réussite en Corée, résider dans un petit appartement sans balcon et répliqué à l’infini, c’est une démonstration de succès socio-professionnel. Les villages ou petites villes conservent encore des maisons individuelles, parfois avec jardinet, mais le béton et les bâtis préfabriqués et standardisés grignotent allègrement le charme des murs qui ont vécus et des toits qui s‘affaissent.

Le territoire est essentiellement recouvert de forêt, du fait du relief prononcé, il y a peu de plaines, les terres agricoles pareilles à des tesselles sont disposées en terrasse. Les sommets des Alpes coréennes et les littoraux offrent un panorama, ailleurs les monts dominent l’horizon.

La Corée du Sud tient à son indépendance, et s’affirme dans le paysage économique, mais depuis notre passage les rapports avec le Japon se sont tendus. Il faut savoir que ses deux voisins ont un passif houleux et loin d’être digéré. Le Japon a en effet envahi et rasé a plusieurs reprises la Corées, et réduit en esclavage sa population. Malgré les efforts du Japon pour réparer ses fautes, les tensions sont encore vives. Le moindre écart ravive la colère.

   

A l’été 2019, au motif d’une perte de confiance, le Japon a renforcé ses restrictions sur les exportations de matériaux pour les technologies numériques vers la Corée du Sud. Ce secteur est un des principaux gagne pains économiques du pays, les restrictions sont considérées comme un affront par la Corée. Les représailles sont immédiates, le gouvernement coréen appelle au boycott de tous les produits japonais, c’est ainsi que l’on voit des bannières et affiches « No Japan » apparaître un peu partout, et jusque dans les supermarchés. Les ventes baisent et l’impact se fait ressentir du côté nippon. Avant la crise, un ferry reliait de manière régulière les deux nations, depuis les ferries se sont fait plus rares.
Cette situation montre encore une fois combien la Corée du Sud entretien des liens amers avec ses différents voisins. Les plaies du pays du matin calme sont toujours ardentes, le chemin vers les réparations et le pardon est long.

Les rencontres

Au cours de nos pérégrinations, des rencontres ont naturellement eu lieu. Des locaux, des expatriés ou des voyageurs comme nous de passage. La jeune Lou nous a accompagné quelques jours, son amour pour la Corée lui a fait quitter la France a ses 17 ans, elle s’est installé à Séoul pendant quelques années avant de partir découvrir le Japon. Sa maturité, sa ténacité et son sourire dans les bagages, tout est possible !

Franck vit en Corée depuis longtemps. Nini sa charmante petite fille jongle entre les cultures de ses parents, française et coréenne, sa fascination pour les véhicules aménagés nous a amenées a les rencontrer, Nini a pu visiter en vrai Sam, jusqu’alors vu en vidéo. Les discussions avec Franck nous ont beaucoup appris sur la vie la société coréenne.

Kaze et Poco, un jeune couple coréen qui tient une chouette auberge a Geyongju, eux deux on parcourus le monde en moto pendant plusieurs années, avec un confort spartiate, et ils continuent de repartir sur les routes dès que possible. On aimerait recroiser leur chemin !

   

M et Mme Youn, Madame faisait parti de l’excursion bouddhiste organisé par le temple de Uirimsa. Quand elle a su que nous allions passer la nuit sur le parking du temple elle nous a invité à venir prendre le petit déjeuner chez eux le lendemain. Nous avons ainsi découvert leur jolie maison traditionnelle dans le village en contrebas et les spécialités locales. La patate douce jaune rôtie dans le feu reste notre favorite ! Ce couple était très drôle et adorable, ils ont tenu à nous offrir un éventail coréen et un bracelet bouddhiste rapporté d’un voyage au Cambodge.

We Can Go Anywhere, Agathe et Mathieu, un jeune couple français a bord de leur defender, en tdm de 1 an partance pour l’Amérique du Sud, la Corée du Sud a été un bond dans la modernité des technologies après des kilomètres en Russie et Mongolie.

Et tant d’autres, promeneurs, voisin d’un soir, famille en vacances, curieux, ont été l’occasion d’échanger – de mimer parfois- et surtout de nous sentir bien dans ce pays chaleureux.

Voyager en van en Corée du Sud

Venir avec son propre véhicule nécessite une procédure d’importation temporaire, dans notre cas, ce fut fait à notre arrivée au port de Busan. Le carnet de passage en douanes, bien que non obligatoire, nous a été demandé et a été dûment complété par les autorités.  L’assurance du véhicule a aussi été souscrite sur place.

Lors de notre séjour, le prix au litre du diesel était environ de 1€.

En ce qui concerne la conduite, c’est facile pour celui qui n’est pas trop gros. Si l’on sort des grands axes de circulation, les routes peuvent être étroites et ça tourne.

Pour ce qui est du bivouac, la seule difficulté pour nous fut de trouver des endroits sauvages où passer la nuit. (Par sauvage on entend en pleine nature, loin de toute civilisation.) On n’a jamais autant dormi sur de l’asphalte qu’ici, impossible de trouver un chemin public carrossable partant dans la forêt qui nous aurait garanti un bivouac digne de ce nom.

  

Cependant, nous avons tout de même pu trouver des beaux coins où dormir, civilisés mais calme. L’avantage de cet aspect « hyper aménagé » du pays, c’est que l’on trouve des toilettes partout, et propres, ainsi que de l’eau ! En revanche, pas de poubelles, la Corée est un pays très propre, les gens gardent leurs déchets, jettent chez eux, et font scrupuleusement le tri. Trouver des poubelles publiques, étaient un ravissement ! (Oui il y a des petites choses comme ça qu’il faut vivre pour les comprendre haha !)

Niveau GPL, ça se complique un peu, il faut un adaptateur (le même que celui du Japon), il a été impossible pour nous d’obtenir cet adaptateur avant d’arriver en Corée, et introuvable sur place.  C’est donc en insistant pas mal auprès d’un revendeur de gaz, que nous avons réussi a repartir avec un adaptateur bidouillé, fait de plusieurs raccords. Globalement en Corée, dès que ça sort des clous, le « non » est de mise, mais en insistant un peu, l’esprit d’initiative apparaît et le plaisir d’aider prend le dessus.

Pays hyper connecté, dit aussi wifi partout. Pour ceux qui rêve de nature brute et rustique à perte de vue, la Corée n’est pas l’idéale, en revanche au niveau culturel, elle a comblé nos attentes !

Niveau pratique

Hormis la langue, la gestion de la vie quotidienne est simple en Corée, on trouve de nombreux centres d'information touristique avec des cartes et brochures gratuites, parfois en anglais, ou sinon avec des photos.
  • Hébergement : 100% van, pas mal de spots semi urbain, ou stationnements de parcs, bords de rivière et plages.
  • Téléphone et internet : pas de téléphone seulement internet avec carte sim locale, assez chère mais illimitée et de bon débit. Nous avons opté pour l'opérateur KT Mobile. 
  • Argent : en cash et retrait dans les distributeurs de billets. Nous utilisons des cartes de débits nous permettant de ne pas avoir de frais lors des retraits (voir notre article à ce sujet).
  • Transports : déplacements seulement avec notre van, mais il existe un bon réseau de bus entre les grandes villes. Hormis Séoul, ça circule bien, conduite sécuritaire, à droite. Le GPS Google Maps ne fonctionne pas en Corée du Sud, nous utilisions l'équivalent coréen Kakao Maps.
  • Langue : coréen, anglais assez rare mais plus présent dans les grandes villes et chez quelques jeunes.  
  • Nourriture : Nous cuisinions quasiment tous nos repas dans le van, les restaurants étant trop chers pour notre budget. Nous faisions nos courses aux marchés, il y en a un peu partout, ou dans les supermarchés (Emart). Les fruits et légumes sont assez chers.

Nos coups de cœur

  • Bivouac : A Yangsan, au bord de la rivière, spot semi urbain agréable, avec toilette, verdure, balade et commerces à proximité. Un autre bivouac dans les Alpes coréennes, plus sauvage, idéal pour partir en randonnée. (Nous les avons ajouté dans l'application IOverlander)
  • Lieux visités : Le temple de Uirimsa pour sa quiétude et son accueil, le festival des cerisiers à Jinhae et les quartiers historique et artistique de Jeonju.
  • Activité : le festival des lanternes à Daegu et le musée de Gyeongju.
  • Nourriture : soupe coréenne avec des raviolis à la pâte de riz fourrés au fromage (tteokbokki), le tofu et les hotteok, genre de pancake fourrés avec du caramel. 

Pour conclure

Pour résumer, la Corée du Sud aura été une découverte fructueuse, à plusieurs niveaux, par rapport au patrimoine culturel, aux us et coutumes, à la gastronomie, à l’Histoire du pays et aux gens. Il n'y a pas vraiment un lieu qui se démarque des autres, la Corée compte une foule de jolies choses à voir un  peu partout. C'est un pays qui pousse à la flânerie, et le voyage en van s'y prête bien! Ce fut agréable de vadrouiller, c’est très sécuritaire et pas trop achalandé. Ici, on a particulièrement l’impression d’avoir approché plusieurs cultures, chinoise, japonaise et russe, le mélange est surprenant et haut en couleurs.



Notre vidéo de la Corée du Sud

Commentaires

  1. Splendide reportage haut en couleurs (différent du Québec en cette saison). De belles photos et de chouettes vidéos. Vous avez réussi en quelques lignes à nous faire saisir l'essence de ce pays. Bravo et beaux voyages futurs
    Wayagamak.

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    Réponses
    1. Merci 😊, ça fait plaisir à Marie qui se démène à écrire ces articles 👍

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